Le Miserere de Gregorio Allegri

« Miserere » est l’incipit d’un psaume du Livre des Psaumes de la Bible hébraïque : Miserere mei Deus secundum magnam… (Aie pitié de moi, ô Dieu, selon ta bonté, bla bla bla). Le psaume comporte une vingtaine de versets, dans lesquels le roi David reconnaît ses péchés et demande pardon. Il avait en effet couché avec Bethsabée, une femme mariée, et envoyé son mari se faire tuer à la guerre.

Ce psaume a été mis de nombreuses fois en musique. Sa version catholique la plus célèbre est l’oeuvre de Gregorio Allegri, de 1638. On trouve souvent l’appellation « Miserere à 9 voix ». En réalité, il serait presque plus juste de dire « Miserere à 4+5 voix », car voici comment il se chante :

Verset 1 Coeur 5 voix Miserere mei, Deus: secundum magnam misericordiam tuam. Pitié pour moi, mon Dieu, dans Ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Verset 2 Psalmodie Et secundum multitudinem miserationum tuarum, dēlē iniquitatem meam. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
Verset 3 Coeur 4 voix Amplius lavā me ab iniquitate mea: et peccato meo mundā me. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.
Verset 4 Psalmodie Quoniam iniquitatem meam ego cognōscō: et peccatum meum contra me est semper. Contre Toi, et Toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.
Verset 5 Coeur 5 voix Tibi soli peccāvī, et malum coram te fēcī: ut justificeris in sermonibus tuis, et vincās cum judicaris. Ainsi, Tu peux parler et montrer Ta justice, être juge et montrer Ta victoire.

Et ça continue jusqu’au dernier verset, chanté à 5 voix puis par les 9 voix pour les derniers mots du psaume. Quand on dit 5 voix, c’est pas forcément 5 chanteurs, plusieurs choristes peuvent chanter la même voix. Le Miserere d’Allegri n’était chanté qu’à la chapelle Sixtine, pendant la semaine sainte. Il était strictement interdit de le diffuser hors des murs du Vatican. Le petit Mozart, lors d’un séjour à Rome avec son père, en fait une transcription de mémoire. Dans un extrait d’une lettre de Leopold Mozart (le père) à sa femme, on peut lire :

Tu as peut-être déjà entendu parler du célèbre Miserere de Rome, tellement estimé que les musiciens de la chapelle ont l’interdiction, sous peine d’excommunication, de sortir la moindre partie de ce morceau, de le copier ou de le communiquer à quiconque ? Eh bien, nous l’avons déjà. Wolfgang l’a écrit de tête, et nous l’aurions envoyé à Salzbourg avec cette lettre si nous ne devions être présents pour son exécution ; mais la manière dont on l’exécute fait plus que la composition elle-même, et par suite, nous l’apporterons nous-mêmes à la maison.

Leopold Mozart
Rome, le 14 avril 1770

Dans une autre lettre, il dit encore :

Nous avons tous les deux bien ri en lisant l’article sur le Miserere. Ne te fais pas le moindre souci. On fait d’ailleurs beaucoup trop d’histoires à ce sujet. À Rome, tout le monde sait et le pape lui-même est au courant que Wolfgang a écrit le Miserere. Il n’y a rien à craindre, cela lui a même plutôt fait grand honneur, comme tu l’apprendras bientôt.

Leopold Mozart
Naples, le 19 mai 1770

On comprend que la composition de Gregorio Allegri doit une bonne partie de sa célébrité au contexte de son exécution, aux interdictions papales et à la qualité des interprétations. Le Miserere de Mozart fut publié en 1771 :

Il manque sur cette partition les nombreux ornements (des notes décoratives) ajoutés par les choristes. Petit à petit, différentes fuites du Miserere vont être regroupées, et quelques ornements baroques vont être publiés. De nos jours, on tente toujours d’imaginer à quoi ressemblait le Miserere dans ses plus belles années.

Voilà une première version, très habituelle. C’est la version la plus fréquemment chantée, avec les beaux suraigus dans le coeur à 4 voix :

Une version un peu différente, une prise de distance justifiée avec la partition, et un travail sur les ornementations :

Mais surtout la version explosive de Graham O’Reilly et l’ensemble William Byrd (un livre sur l’interprétation du Miserere devrait paraître bientôt) :


Sources additionnelles : Wikipédia, ce blog et les lettres :

Eisen, Cliff et al. Comme le dit Mozart, Lettre 184 .
Version 1.0, publiée par HRI Online, 2011. ISBN 9780955787676.

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