L’anglais parlé : stupeur et tremblements

Bien prononcer l’anglais est un cauchemar. Celui qui cherche la prononciation parfaite, ou au moins celle qui limite la casse et évite de devoir répéter trois fois chaque phrase, doit courageusement faire face à trois gros problèmes :

  • L’orthographe des mots n’apporte strictement aucune information sur la prononciation attendue. Tous les pièges existent : les lettres muettes (could), les sons qui se prononcent pareil et ne s’écrivent pas pareil (see et sea), les sons qui s’écrivent pareil et ne se prononcent pas pareil (bear et fear).
  • Les sons ne sont pas les mêmes qu’en français. Certains nous semblent identiques, bien qu’ils soient différents pour les anglophones, parce que nous ne sommes pas habitués à les différencier. Plus grave : certains sons tombent dans un « trou perceptif » (voir ici), c’est à dire que nous sommes incapables d’identifier le son, et donc de le produire (comme lorsqu’on est incapable de répéter un prénom chinois convenablement).
  • Enfin, il semble que la prononciation parfaite n’existe pas, parce que les Anglais, Américains, Canadiens, Écossais, Australiens, Nouveaux-Zélandais (sans compter les Indiens et tous ceux que j’oublie) s’acharnent à brouiller les pistes en adoptant une conception locale de la prononciation !

Malgré tout, la prononciation anglaise est passionnante ! Parfois déprimante, il faut bien le dire, quand on réalise qu’il faut reprendre tout le vocabulaire appris et ajouter une couche de phonétique.

L’alphabet phonétique anglais

Pour tenter de cerner l’alphabet phonétique anglais, j’ai regardé la liste des sons existants, j’essaie de les rapprocher de l’alphabet phonétique français (c’est pas toujours possible), et je liste des mots dans lesquels ils apparaissent. Attention, je ne suis pas anglais ! Je fais ce que je peux en m’appuyant sur ce que je crois entendre et sur la phonétique donnée par les dictionnaires.

L’alphabet phonétique anglais comporte une vingtaine de sons différents, soit autant qu’en français. Les deux principales différences, c’est que les anglais ont plus de diphtongues, et qu’ils distinguent les sons courts des sons longs (notés avec le symbole :).

i: le même « i » que nous, mais plus long beach, eagle, see, sea, key, equal, machine
ɪ le même « i » que nous, pas dur à prononcer, mais il apparaît à des endroits improbables bit, insect, build (et pas buïld), pick, trick, money, turkey, journey, develop, begin
e notre « è », dans tête egg, guest, friend (pas de i), dead, red, and (US), hand (US), land (US), end
æ à peu près notre « a », mais parfois pas tout à fait apple, sat, jam, and (UK), hand (UK), land (UK)
ɑ: le « a » long (ââââ), mais un tout petit peu plus proche du « ɔ » de corps arm, farm, alarm, calm, father, heart
ɒ un peu comme notre « ɔ » de corps orange, dog, got, what (!), want (!), on, off, of
ɔ: un « o » long pour les anglais (four = fôôôôr) et un « ɔ » de corps long pour les Américains (fɔɔɔɔɔɔr) organ, water, caught, talk, thought, four, et la plupart des mots avec au ou aw : law, awesome, author, raw, awful, dawn (dɔɔɔɔn pas dâoun)
ʊ les Américain disent comme notre « ou » de loup, mais les Anglais disent autre chose, quelque chose de bizarre, plus proche du « œ » de sœur book, pull, would, could, good, full, foot
u: facile, un « ou » de loup, mais long two, too, food, suit, fruit, room, group, rule, fool, screw
ʌ comme notre « œ » de sœur, mais j’entends pas la différence avec ə, peut être que ʌ est plus proche du « a », c’est à dire entre « œ » de sœur et « a » de arbre ? umbrella, love (!), cup, does (et pas dââs), current, couple, blood (!), sun, son (!), done (!)
ə pour moi, c’est encore un « œ » de sœur, j’entends pas de différence avec ʌ. banana, about, mountain (et pas mountéïn), system, circus, focus, the
ɜ: parfois j’entends le « ø » de deux, mais d’autres fois le « œ » de sœur (en version longue), c’est peut-être entre les deux, ou alors ça dépend des pays earth, bird, hurt, worm (!), learn, turn, fur, work (weuuuk, et pas wôrk), earn, earnest, circle
parfois j’entends « éï » et parfois « èï », mais je penche plutôt pour « èï » eight, ate, rain, main, pain, steak (et pas stèk), waste
əʊ « œ » de sœur + « ou », rigolo à prononcer. On a souvent tendance à mettre un « o » à la place du « œ ». Road ne se dit plutot reuuuoud que rôôoud, mais les Américains ont l’air de faire tantôt un « o », tantôt un « ɔ »… oval, road, note, sew, low (pas lôôôôou mais leuuuuou), coke (un coca)
facile, aïe ! eye, sky, high, bright, pie, buy, Wi-Fi (Waï-Faï), wire, binary
facile, « a » + « ou » out, about, owl, hour (sans h, c’est une exception), cow, down
ɔɪ facile, notre « ɔ » de corps avec un « i » coin, join, oil, soil, boy, lawyer
ɪə celui-ci ils l’adorent, après le « i » c’est le « œ » de sœur, mais qui meurt bizarrement Ear, idea, year, beer, fear
eə ou ɛə facile, « è » + « œ » de sœur hair, airplane, chair, mare, pear, there, where, bear

Il y a encore des combinaisons possibles, comme ɪʊ (new, you).

Les autres pièges de la prononciation de l’anglais

L’anglais, c’est jamais fini ! Même si on connaît tous les sons ci-dessus, qu’on est capable de les prononcer au bon moment, même si notre grammaire est parfaite, même si on connaît tout le dictionnaire par cœur, on peut encore se faire piéger !

Les lettres muettes

On a vu que la prononciation des voyelles était aléatoire, et qu’il y avait des voyelles muettes (comme le u de build). Et bien, les consonnes aussi peuvent être muettes ! Voici quelques exemples :

  • could, would, should, salmon, Lincoln : le l ne se prononce pas du tout !
  • climb, bomb, lamb : le b ne se prononce pas (en tout cas pas distinctement)
  • hour, honest, honor/honour : des mots où le h ne se prononce pas
  • answer : cette fois, c’est le w qui est muet !

Les prononciations surprise

Parfois, la phonétique est carrément humoristique :

  • Asia = éïjeuh (/’eɪʒə/), avec le j de jupe, et sans son « a » !
  • même chose pour casual, usually, decision (déssijeun), leisure, television
  • colonel = keuunl (/ˈk3ːnl/), on zappe un tiers du mot
  • des mots en -age se prononcent « idje », et pas « èdje » : advantage, garbage, language, package (sisi !)
  • des mots en -ture se prononcent tcheuur : culture, adventure, future, nature (sisi, néïtcheur), picture (piktcheur)
  • parfois t se prononcent -ch : negotiate, election, patient, vacation
  • issue se dit ichou (/ˈɪʃuː/)
  • enough se dit entre inoff et inaff (/ɪˈnʌf/)

Les consonnes adoucies

Les Anglais, paraît-il, disent vraiment le « t » quand il est présent dans un mot, alors que les Américains ont tendance à le transformer en un « d » bizarre, entre le d, le n et le r japonnais… Par exemple, le mot water :

  • les Anglais mettent un ôôôô et un t : wôôôôôôteu. Ils ne prononcent pas le « r » final des finales atones (c’est à dire les fins de mot non accentuées).
  • les Américains mettent un ɔ de corps et un d : wɔɔɔɔɔɔɔdeur

Pareil pour bottle (qui devient bodle quand c’est prononcé rapidement), twenty devient une sorte de twenny, butter devient budder, etc.

Dans le même genre, le f, parfois, se prononce v, comme dans of (si on dit f, ça fait off, il faut dire ov).

Les accents toniques

Et oui, les Anglais font des accents toniques, c’est à dire que dans les mots à plusieurs syllabes, une syllabe est plus mise en valeur que les autres. Dans l’écriture phonétique, l’accent se note en ajoutant une apostrophe avant la syllabe accentuée. Par exemple :

  • photograph se dit /ˈfəʊtəgræf/, accent au début du mot
  • photographer se dit /fəˈtɒgrəfəʳ/, accent sur la seconde syllabe ! À noter qu’en plus du piège des accents, le pho de photograph se dit avec une diphtongue, alors que dans photographer c’est un son simple…

J’ai l’impression que souvent, les syllabes avec les sons longs ou les diphtongues sont les syllabes accentuées, c’est à dire que faire durer un son revient à accentuer la syllabe. Par exemple, turkey se dit /ˈt3ːkɪ/, et il semble naturel que le « ɪ » soit court, étant donné que c’est la syllabe précédente qui est accentuée. Il doit y avoir des exceptions !

L’alphabet phonétique français

Ce qui est intéressant, quand on étudie une langue étrangère, c’est de s’interroger sur sa langue natale. Ça permet notamment de prendre conscience que nous sommes très sensibles à la prononciation : petit ours brun ne se prononce pas du tout comme un brin d’herbe, et petit ne ressemble ni à bête ni à bêtise.

Si on l’ignorait encore, voici la preuve que le français est au moins tout aussi horrible que l’anglais à prononcer. Ces observations nous conduisent à une double indulgence : la première envers les étrangers qui massacrent le français oral, la seconde envers les anglophones qui ne comprennent rien à ce qu’on dit alors que, selon nos critères, on n’était pas bien loin de la bonne prononciation.

En français, on compte à peu près 19 sons différents (voir ici et ici). Personnellement, je ne comprends pas toujours la différence entre tous les sons, peut être à cause de mes origines sudistes (il y a deux sons « a » et deux sons « e » que je fusionne). Apparemment, certaines nations font des différences que d’autres ne font pas.

Sources :

+ diverses vidéos YouTube que j’ai la flemme de retrouver !

6 comments

  1. Merci pour ce résumé bien fait.

    Par contre, l’anglais d’Angleterre ne prononce jamais le r final d’une finale atone
    water= woot’eu , avec eu le schwa (parfois très ouvert, plus proche de ‘seul’ que de ‘euh’)

    L’anglais des USA ouvre systématiquement les voyelles longues (sauf r final), détruit les t intermédiaires (en un d très négligé, la langue restant au palais) et ferme la voyelle finale s’il faut placer un r en même temps. On comprend que les USA ont récupéré un anglais populaire raillant/négligé, alors que les consonnes, notamment le t associé à un h aspiré, et les voyelles assez fermées de l’anglais classique donnent au contraire un côté très « snob ».

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