Généalogie avec les archives départementales en ligne

Après avoir découvert que la plupart des départements français ont mis une partie de leurs archives en ligne, et en particulier les registres d’état civil, je me suis amusé à remonter la branche Loubet de mon arbre généalogique. Il est assez facile, presque mécanique, de remonter jusqu’à la révolution, et puis la tâche devient de plus en plus difficile en raison du manque de lisibilité des registres et du peu d’information figurant sur les actes.

Parcourir les registres d’état civil est très intéressant. On y trouve quelques vieux métiers, les enfants abandonnés, les prénoms à la mode, l’écrire à la plume avec les « s » en forme de « f », l’orthographe instable, etc. Et on peut, si on est chanceux, se découvrir une ascendance illustre. Pour ma part, je n’ai pas trouvé de lien de parenté avec le président Emile Loubet !

Comment explorer son arbre généalogique

Pour ceux qui n’ont jamais essayé de remonter une branche de leur arbre généalogique, sachez qu’on peut le faire sans bouger de son fauteuil, mais mieux vaut avoir le temps et être confortablement installé. Il y a trois types d’acte d’état civil : naissance, mariage et décès. Ils sont classés dans des registres par commune. Sur ces actes figurent des informations sur les parents des individus concernés, ce qui permet de remonter d’un niveau dans l’arbre.

Il existe un délai de mise en ligne des actes prévu par la CNIL pour le respect de la vie privée. Par exemple, ce délai est de 75 ans pour les actes de mariage. Il faut donc un point de départ suffisamment ancien pour pouvoir commencer. Pour ma part, j’ai pas mal d’informations sur mon arrière grand-père et j’ai pu commencer mes recherches avec les archives de son village natal.

On peut aussi trouver en ligne des registres de recrutement militaire (19ème et 20ème siècle) mais je n’ai pas essayé de les consulter.

Les difficultés

Avant la révolution, les registres étaient tenus par le clergé. C’est François 1er qui a initié en 1539 la tenue de registres de baptêmes par paroisse, puis ont suivi les registres de mariages et de sépultures. Au départ rudimentaires, les actes se sont progressivement enrichis d’informations précieuses, en particulier le lieu et la date de naissance des parents. Les registres ont commencé à être tenus en double à partir de la fin du 17ème siècle. Plus on remonte dans le temps, plus la recherche est ardue à cause de registres manquants, mal tenus ou peu précis.

La révolution française décide de la fin des registres paroissiaux tenus par le clergé. Ce sont les officiers d’état civil des communes qui prennent le relais. Tout au long du 19ème siècle les actes se font plus précis et des listes alphabétiques sont crées, souvent par année ou par décennie.

Lorsqu’on manque d’information sur les parents dans les actes anciens, on est condamné à fouiller dans les registres un peu au hasard et à croiser les doigts pour que les parents n’aient pas déménagé. Heureusement pour moi, les Loubet étaient plutôt sédentaires.

Il existe un site web génial, Geneanet, certe payant mais qui permet d’accéder aux arbres généalogiques de milliers d’utilisateurs. Le moteur de recherche est très bon et permet de filtrer les individus par date, commune, noms (avec variantes orthographiques) ou même par métier. On peut faire son arbre en quelques clics si un utilisateur a une branche en commun avec la notre. Ce site m’a aidé à plusieurs reprises.

Mes recherches

En partant de quelques informations sur mon arrière grand-père, mon arbre contient désormais 12 générations de Loubet, et mon acte le plus ancien est un acte de baptême de 1633. J’ai eu beaucoup de chance, les Loubet étaient des sédentaires qui ne sont jamais éloignés du pays Carcassonnais ! J’ai tout fait sur le site des archives en ligne de l’Aude.

Mon arrière grand-père a eu un parcours intéressant pendant la première guerre mondiale (campagne de Sibérie) et a écrit des carnets de guerre dont une partie a été publiée. J’ai commencé mes recherches par le recensement du village de Pezens de 1906 que je savais être son village natal. On l’y trouve, avec son père Dominique, inscrit comme « chef » pour chef de famille, et également épicier / patron. Le beau-père habite avec eux. On a une année et une commune de naissance pour Dominique Loubet, quel luxe ! Il est né à Carcassonne en 1851.

Recensement, Pezens (Aude), 1906
Recensement de 1906, Pezens (Aude)
Recensement de 1906, Pezens (Aude)

En regardant dans les archives de Carcassonne, je tombe sur des tables décennales, une invention géniale (il a fallu des années pour la trouver) : les naissances sont triées par ordre alphabétique, ce qui évite d’avoir à chercher dans les registres à l’aveuglette. Je trouve ce que je veux malgré les abréviations : Dominique Loubet est bien né à Carcassonne en 1851, un 9 juin.

Tables décennales des naissances, Carcassonne, 1843-1852

Je trouve facilement l’acte de naissance grâce à une autre invention géniale, le nom dans la marge :

Registre des naissances, Carcassonne, 1851
Registre des naissances, Carcassonne, 1851

On apprend toute sorte de choses, mais surtout que Dominique est le fils de Jean Loubet, roulier (livreur), âgé de 34 ans en 1851. Pas de date de naissance ni de commune pour Jean, on va supposer qu’il est Carcassonnais lui aussi. Je le trouve dans une table des naissance, en 1816 (né le 28 mars) :

Table des naissances, Carcassonne, 1816

Mais, mystère, impossible de trouver l’acte dans le registre… Parce qu’en fait Jean Loubet est né le 28 avril et pas le 28 mars, une erreur a été commise lors de l’écriture de la table. Voici l’acte :

Registre des naissances, Carcassonne, 1816

Le père de Jean Loubet le roulier est donc… Jean Loubet le roulier, qui a 43 ans en 1816, et qui est marié à Angélique Limousis. Appelons-les Jean Loubet n°1 et Jean Loubet n°2.

En cherchant un peu je trouve un acte de mariage de 1844 concernant Jean Loubet (n°1) et sa femme Rose.

Registre des mariages, Carcassonne, 1844
Registre des mariages, Carcassonne, 1844

Jean Loubet n°1 est charretier, et son père Jean Loubet n°2, marchand de graines, est décédé le 21 juillet 1818 à Carcassonne. Je cherche l’acte de décès pour vérifier :

Registre des décès, Carcassonne, 1818

Jean Loubet n°2 serait né à Berriac (Aude) vers 1772.

Je trouve mention du mariage de Jean Loubet n°2 dans une table communale de Carcassonne. La date est difficile à lire (toujours ces abréviations) mais je devine qu’il s’agit de la date du calendrier révolutionnaire : 5 Brumaire an 14, ou le 27 octobre 1805.

Table des mariages, Carcassonne, 1803-1832

Je trouve l’acte de mariage de Jean Loubet n°2 dans le registre de 1806 et non dans celui de 1805, mais passons.

Registre des mariages, Carcassonne, 1806
Registre des mariages, Carcassonne, 1806

Jean Loubet n°2, agriculteur, 31 ans, est né à Montirat, et pas à Berriac comme le prétendait son acte de décès. Son Père est Jean Loubet n°3, agriculteur, et sa mère Claire Boyer. Je trouve l’acte de naissance de Jean Loubet n°2 à Montirat, en 1774. J’ai passé la révolution ! Désormais les registres sont paroissiaux.

Registre paroissial des naissances, Montirat, 1774

Surprise : Jean Loubet n°2 est le petit fils de Jean Loubet n°4. Ça ne finira donc jamais !

Après pas mal de recherches, je trouve l’acte de mariage de Jean Loubet n°3 à Berriac en 1773, pas à Montirat où est pourtant né leur fils. Les parents ont-ils déménagé après le mariage, ou se sont-ils simplement mariés dans la paroisse de la mariée ? Jean Loubet n°3 est bien le fils de Jean Loubet n°4, métayer (c’est à dire petit paysan qui ne possède pas ses terres), et de Catherine Cazaban de Saint-Papoul, les deux résidant à Montirat.

Registre de Berriac, 1773

Dans un premier temps, impossible de trouver l’acte de mariage de Jean n°4. Les registres de Saint-Papoul sont atrocement illisibles, et je passe des heures à chercher la trace d’un Loubet. Je trouve des Loubat : horreur ! Il y a des Loubat du côté de ma mère. Y aurait-il déjà de la consanguinité dans mon arbre ? L’orthographe des noms de famille étant fluctuante à l’époque, j’ai craint quelque altération de mon patronyme entre Saint-Papoul et Montirat. Je trouve même un Jean Loubat à Saint-Papoul mais les dates ne correspondent pas.

Grace à Geneanet, je retrouve heureusement la trace du couple Loubet. C’eût été presque impossible en n’utilisant que les informations figurant sur les actes. Le couple s’est marié à Villesiscle en 1730, pas loin de Saint-Papoul en effet. La menace des Loubat s’éloigne.

Registre de Villesiscle, 1730

Jean Loubet n°4, métayer, est le fils de Germain Loubet et d’une Marguerite. Ouf, tous ces Jean se mélangeaient dans ma tête. Il y a le nom de sa paroisse d’origine mais je n’arrive pas à le déchiffrer. C’est mal parti pour remonter d’une génération.

Sur Geneanet toujours, je vois qu’un Germain Loubet s’est marié avec une Marguerite Fourtarieux à Alzonne, pas très loin. En effet, je trouve l’acte d’un certain neuvième février mil six cent nonente huit avec un Germain Loubet laboureur.

Registre d’Alzonne, 1698

On cherche désormais un André Loubet, marié à une Jeanne Guitarde, de Montréal. Rien sur Geneanet. Je lis tout le registre de Montréal, difficilement lisible, et trouve un acte de mariage de André Loubet de 1657.

Registre de Montréal (Aude), 1657

André Loubet s’est marié avec une Jeanne Quelquechose. Je n’arrive pas à lire le nom des parents, et j’ai l’impression qu’ils ne sont pas mentionnés.

Il se trouve qu’une de mes amies est justement spécialiste du déchiffrage de gribouillis anciens. Elle m’apprend que cette discipline s’appelle la paléographie, et elle réalise une transcription de l’acte, ce que je pensais quasiment impossible :

1657 Fils de Jean et de Catherine R ?

Andre Loubet, métayé de Mr Albouis (?)
en la présente parroisse d’une part, et Jeane Itarde (?) de
la parroisse de Villalbe lès Carcassonne d’autre, les
jours annoncés de marieage de part et d’autre prealablement
? et sens qu’il ait appareu d’aucun empêchement [= sans qu’il soit apparu]
canonique ny d’opposition quelquonque, comme nous
appert aussy de l’attestatoyne [comprendre : attestation]
du sr recteur dud. Villalbe
par moy re… , et les sainctes cérémonies deuement observees
par moy vicaire soubsigné conioincte en marieage dans l’eglise
de l’hospital le dimanche dix septiesme jour de juin mil
six cens cinquante sept, présens leur parens & communs amise
et autres tesmoinge requis : Vaymond(?), Recrelés(?), Hospitalier
et Pierre Malecamp et on alors celebré la saincte messe
dud. marieage en foy de quoy fille des Pierre et de Jeane Cagrolle.

S. Vallaud, vicaire

Je n’avais pas vu que les noms des parents étaient écrits au dessus de l’acte. André était le fils de Jean Loubet n°5, j’aurais dû m’en douter.

Je décide de lire les registres environ 20 ans avant pour essayer de trouver l’acte de naissance de André fils de Jean, en espérant qu’il soit de Montréal. Je le trouve, en 1633 !

Registre des naissances de Montréal (Aude), 1633

Tiens, Jean Loubet a été baptisé « avec condition ». Je pense que ça signifie qu’il a reçu l’ondoiement à la naissance, un baptême accéléré qu’on pratiquait lorsqu’il y avait un risque que le bébé meure avant d’être baptisé. En effet, mourir sans être baptisé était très grave pour les catholiques de cette époque : pas de paradis, même pour un bébé qui n’a pas trop eu le temps de pécher. Le baptême était ultérieurement donné en bonne et due forme, sous condition pour s’arranger avec le fait que le bébé était en quelque sorte baptisé deux fois.

C’est la fin de l’aventure : je voudrais trouver l’acte de mariage des parents, mais les registres sont assez illisibles. Et puis, surprise, le registre passe en latin à partir de 1609 !

Tout cela m’a pris beaucoup de temps. Et dire que je n’ai fait qu’une seule branche, soit environ 0.6% de l’arbre : 12 générations, ça fait presque 4100 personnes !

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