András Schiff sur le piano-forte de Mozart

J’ai retrouvé un CD de 1992 du pianiste András Schiff comprenant quelques œuvres de Mozart (aux Éditions de l’Oiseau-Lyre), et dont la particularité est d’avoir été enregistré sur un piano-forte ayant appartenu à Mozart dans les dernières années de sa vie. Les instruments de l’époque étant assez différents de nos pianos modernes, je trouve ces enregistrements très intéressants et j’en partage quelques-uns ici, ainsi que des extraits du livret accompagnant le CD.

L’instrument

Par Josef Meingast (Traduction DECCA 1992 Brigitte Pinaud) :

Le piano-forte appartenant aujourd’hui à la Fondation internationale du Mozarteum et conservé au Musée Mozart (dans la maison natale du compositeur) n’est pas signé. Selon la tradition, il aurait appartenu à Wolfgang Amadeus Mozart, qui l’aurait utilisé durant les dernières années de son existence.

Il est large de 99 cm, long de 224 cm et haut de 86,5 cm. La caisse est principalement en noyer, seul le long côté est en sapin, et sa surface intérieure est recouverte d’un placage en noyer. L’instrument possède une mécanique viennoise, les marteaux sont recouverts de cuir et le clavier comprend cinq octaves, de fa1 à fa6. Les tons naturels sont en ébène tandis que les dièses sont pourvus de deux cordes et les autres de trois cordes.

Les étouffoirs sont actionnés par deux genouillères, celle de gauche contrôlant la basse et celle de droite le clavier tout entier. Les tons à deux cordes sont étouffés par des coins en bois et ceux à trois cordes par de petits morceaux de tissu. Les deux types d’étouffoir sont recouverts d’une fine peau de daim.

La « pédale » céleste, actionnée par un bouton situé sur le devant de l’instrument, intercale entre les cordes et les marteaux une fine bande de feutre tissé pour produire une sonorité particulièrement douce et veloutée.

Cet instrument se prête merveilleusement bien à l’interprétation des pièces pour clavier de Mozart. Dans le forte, le timbre est très puissant et clair, et dans le piano il est doux et tendre. Le registre supérieur, surtout, se distingue de celui de nombreux autres piano-fortes par son timbre chantant et à la belle expiration.

Par András Schiff :

Tout d’abord, cet instrument couvre toute la gamme expressive des chefs-d’œuvre les plus mûrs de Mozart, dont la grande Fantaisie K. 475. Lorsqu’on interprète cette œuvre sur un piano moderne, on ne peut tirer pleinement partie de toutes les ressources de l’instrument, tandis que sur le piano-forte de Mozart, on a le sentiment d’atteindre aux limites expressives et dynamiques extrêmes de l’instrument. L’action est très légère, surtout par comparaison avec les instruments d’aujourd’hui (bien des pianos modernes semblent être faits pour des athlètes ou des culturistes). Bien entendu, cette action (comme celle du clavicorde, d’ailleurs) expose et exagère tout manque de régularité dans l’exécution des traits si délicats de Mozart (il faut s’exercer!). Le timbre est très original, doux et clair — de tous les pianos modernes, c’est le Bösendorfer qui se rapproche le plus de cet idéal. En variant le toucher et en utilisant la pédale céleste, on peut obtenir un très large éventail de couleurs subtiles. Les deux pédales — actionnées par les genoux — sont particulièrement instructives. Sur les pianos modernes, les pédales peuvent gravement altérer la transparence musicale, tandis que sur le piano de Mozart, on peut choisir d’utiliser la pédale pour la basse ou pour tout le clavier, procédé auquel le compositeur eut très certainement recours. Le public pense à tort que les musiciens actuels emploient des tempos beaucoup plus rapides que les interprètes du XVIIIe siècle. Sur l’instrument de Mozart, on peut articuler les plus petites valeurs de notes à un rythme très vif.

Il y a lieu de se souvenir également qu’un andante mozartien n’est pas un adagio (comme dans le K. 511, par exemple) : la musique doit avoir un certain allant, très difficile à obtenir sur un piano moderne en raison de sa grande résonance. Sur l’instrument du compositeur,n les tempos vont presque de soi.

Extraits

Sonate en do majeur, K545


Rondo en la mineur, K511

Sonate en si bémol majeur, K570


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